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Comment traduire le terme sâq (ساق) en langue française ?

Comment traduire le terme sâq (ساق) en langue française?

Écrit par ‘Abder-Rahmân Colo - qu’Allah le préserve

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Louanges à Allah. Qu'Il couvre d'éloges et salue notre prophète Muhammad, ainsi que sa famille et l'ensemble de ses compagnons.

Les adeptes de la Sunna et du groupe uni sur la vérité confirment à Allah l'attribut du sâq d'une manière qui sied à Sa majesté et à l'immensité de Sa royauté. Cela, à la lumière de textes issus du Coran et de la Sunna authentique. Ce sâq n'est pas similaire à ceux des créatures, étant établi que {Rien ne Lui est similaire, et Il est Celui qui entend et voit tout} [1] .

Que désigne le terme sâq dans la langue arabe?

Al Jawhari a dit dans Sihah (4/1498) : «Le sâq est ce qui est lié au pied», alors qu'Ibn Faris a dit dans Mujmal u-lugha (1/482) : «Le sâq est, entre autres, attribué à l'être humain et à l'arbre», et il a dit dans Mu'jam maqayis i-lugha (3/117), après avoir exposé - comme à son habitude dans ce livre - l'étymologie de la base linguistique composée des lettres sîn (س), waw (و) et qâf (ق): «Le sâq, qui est attribué, entre autres, à l'être humain, admet comme pluriel sûq, et il est par ailleurs nommé ainsi car celui qui marche se repose dessus.»

En outre, d'autres linguistes ont défini ce terme de manière plus approfondie. Parmi eux :

- Ibn Manzhur dans son ouvrage intitulé Lisan u-l ’arab. Il y a en effet dit (4/2154): «Le sâq est ce qui est lié au pied. Lorsqu'il est attribué à l'homme, il désigne la région se trouvant entre le genou et la cheville, et, lorsqu'il est attribué au cheval, au mulet, à l'âne ou au chameau : la région se trouvant au-dessus du canon. Alors que, lorsqu'il est attribué à la vache, il désigne : ce qui se trouve au-dessus du tibia.

Il fut dit :

Tes yeux et ton cou sont les siens,

mais l'os de ton sâq est bien plus fin.»

- Al Fayruz Abâdi, qui a dit dans Al qamus al muhit (p. 895) : «Le sâq désigne la région se trouvant entre la cheville et le genou.»

- Al Zabidi, qui a dit dans son ouvrage intitulé Taj u-l ’arus (25/470) : «Le sâq est ce qui est lié au pied. Chez l'homme, il se trouve entre la cheville et le genou.»

A pu apparaître, à travers ce bref exposé des paroles des linguistes, la base du sens du terme sâq dans la langue des arabes [2], de même que le fait que le comment de ce qu'il désigne varie selon ce à quoi il est attribué.

C'est ainsi, que le sâq de l'être humain est différent de celui du chameau, et que le sâq, attribué à un animal, est différent du sâq attribué à un végétal, que ce soit un arbre ou autre.

Si cette disparité est effective entre les sûq (pl. de sâq) des créatures, alors elle l'est d'autant plus entre le sâq attribué au Créateur et le sâq attribué à la créature.

Est-il correct de traduire le terme sâq par tibia?

En langue française, le terme tibia désigne le plus gros des deux os de la jambe [3], en forme de prisme triangulaire [4].

Le mot tibia correspond donc au terme zhunbûb (ظنبوب) connu dans la langue des arabes, qui le surnomment d'ailleurs Ibn Na'ama, comme l'a soutenu Al Azhari dans son ouvrage intitulé Tahdhib u-lugha (15/362). Il a également dit (14/280), en citant Al Asma'i : «Le zhunbûb est l'os du sâq.»

Ibn Faris a dit dans Mujmal u-lugha (1/602) : «Le zhunbûb est l'os sec se trouvant sur le devant du sâq.» Notons qu'il est décrit comme étant sec car il n'est pas recouvert de chair, c'est d'ailleurs pour cela qu'il a été appelé al aybas (litt. le sec).

À ce titre, Al Azhari a dit dans Tahdhib u-lugha (13/70), en citant Abu Al Haytham : «Al aybas désigne l'os appelé zhunbûb…». Cela a également été soutenu par Ibn Manzhur dans Lisan u-l ’arab (4/2762).

Si le terme tibia a ce sens, alors il n'y a pas de doute qu'il n'est pas permis de l'attribuer à Allah.

Parallèlement, nous pouvons lui trouver un autre sens, comme dans les dictionnaires Larousse et Robert. En effet, nous y apprenons que le terme tibia peut désigner la partie apparente de la jambe. De plus, le site internet du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) apporte une précision supplémentaire nous informant que c'est la partie opposée au mollet.

Or, revêtant ce sens, le terme tibia ne peut pas, non plus, être attribué à Allah, étant donné qu'il désigne une partie du sâq de l'être humain, et non pas le sâq en lui-même selon son sens global.

Quelle est donc la traduction appropriée du terme sâq?

En cherchant dans les dictionnaires de langue française, nous trouvons que le terme français dont le sens est le plus proche de celui du mot arabe sâq est le terme jambe. En effet, celui-ci désigne, chez l'être humain, la partie du membre inférieur se trouvant entre le genou et la cheville, contrairement au sens qui lui est couramment attribué selon lequel ce terme désignerait la région du corps se trouvant entre la hanche et le pied [5]. Soulignons que les membres de l'académie médicale française ont statué du fait que définir le terme jambe de la sorte n'est pas précis [6]. Ainsi la partie entre la hanche et le genou est appelée cuisse et la partie entre le genou et la cheville, qui correspond à la définition du sâq chez l'être humain, est appelée jambe [7].

Enfin, nous disons du mot jambe ce que nous disons à propos du terme sâq : son sens est connu, mais son comment varie selon ce à quoi il est attribué. En effet, le comment de cette jambe n'est pas le même selon qu'elle soit attribuée à l'homme, au cheval, à l'oiseau ou au compas…

Et si cette disparité est effective entre les créatures, alors elle l'est, à fortiori entre le Créateur et Ses créatures.

Nous soutenons cela, tout en attirant l'attention du lecteur vers le fait que traduire le sens de cet attribut ne peut être qu'approximatif, étant donné que la langue arabe recèle de particularités dont ne dispose pas la langue française.

Et Allah est plus Savant, Haut et Sublime.

Ceci dit, j'ai pris connaissance du fait que la validité de cette proposition de traduction a été rejetée par un certain prêcheur qui a basé son rejet sur les trois points suivants :

• Réclamer que lui soit présenté un texte du Coran ou de la Sunna dans lequel le mot jambe serait mentionné en langue française.

• Le fait que l'attribut de la jambe ne soit pas mentionné dans le Coran et la Sunna, et qu'Allah s'est affirmé les trois attributs suivants : le rijl (رجل), le sâq et le qadam (قدم). Certains ulémas ont dit que le rijl et le qadam ont le même sens, cependant, aucun d'entre eux n'a affirmé que le sâq et le rijl désignent la même chose, et que si nous en venions à soutenir cela, nous rejetterions un de ces deux attributs, à savoir le sâq.

• Le fait qu'il ait questionné un certain nombre de cheikhs à propos de cette traduction et qu'ils l'auraient rejetée, parmi eux : le cheikh et docteur 'Abdel Majid Jumu'a - qui connaitrait bien le français -, ce qui aurait été appuyé par le cheikh Azhar Sniqra - qui connaitrait encore mieux le français -. Ils auraient notamment soutenu qu'il n'existe pas dans la langue française, de terme correspondant au mot arabe sâq, et qu'il convient donc de se limiter à la mention du terme arabe.

En réponse à ces trois points, je dirai :

Le caractère étrange du fait de réclamer qu'un terme français qui serait issu des textes du Coran et de la Sunna lui soit présenté est, à mon sens, assez apparent, car si l'on posait cela comme condition préalable à la validité d'une traduction, nous nous retrouverions à fermer totalement la porte de la traduction desdits textes et des termes qui les composent. À moins que ce soit l'équivalent arabe du mot jambe qui soit l'objet de la requête (bien que cela n'apparaisse en rien dans son discours), auquel cas j'espère que les quelques lignes de ce modeste article auront suffi à démontrer que le mot jambe correspond au terme sâq présent dans les textes. D'ailleurs, ce point permet de résoudre le problème de traduction soulevé par le prêcheur en question, car à partir du moment où l'on sait ce que désigne le mot jambe, on ne risque pas de comprendre qu'il serait l'équivalent du terme arabe rijl. Le risque de rejeter, intentionnellement ou pas, l'attribut du sâq est donc écarté.

Enfin, concernant le troisième point, j'ai envoyé une lettre aux cheikhs 'Abdel Majid et Azhar - qu'Allah les préserve -, accompagnée d'une recherche que j'avais menée à propos du sujet du présent article , et je leur ai dit :

«J'envoie cette lettre à votre noble personne, alors qu'il m'est parvenu que le cheikh … - qu'Allah lui accorde la réussite - vous attribue le rejet de la traduction du terme sâq, en langue française, par le mot jambe. Il me plait donc de vous faire part d'une petite et modeste recherche que j'ai faite à ce sujet, afin que vous puissiez la lire et me faire part de vos remarques, en étant d'avance remercié.

Vous trouverez cette petite recherche avec cette lettre, si Allah le veut, sachant qu'elle contient l'exposé de la signification des mots tibia et jambe en langue française, et notamment le fait que le terme jambe désigne chez l'être humain la région du corps se trouvant entre le genou et la cheville, contrairement au sens qui lui est couramment attribué, à savoir qu'il désignerait la partie du corps s'étendant de la hanche jusqu'au pied. Ceci, en précisant que j'ai fait part de cette petite recherche au cheikh … lorsque je lui ai envoyé une lettre dans laquelle j'ai attiré son attention vers certaines paroles qu'il a proférées et que j'ai considérées comme n'étant pas en accord avec la vérité; c'était en date du 9/Rajab/1436 , avant qu'il ne corrige sa traduction du terme sâq par le mot tibia, et qu'il ne se prononce à propos de la validité de la traduction de ce terme par le mot jambe, ce qui a eu lieu le 28/Cha'ban/1436.»

Le cheikh Azhar - qu'Allah le préserve - a répondu en disant notamment : «…Ce sur quoi j'ai plutôt insisté, dans le conseil que j'ai donné, c'est de s'en référer aux spécialistes…», en clôturant sa réponse par les paroles suivantes : «Et c'est Allah qui guide à la Vérité. Qu'Il te bénisse pour la recherche bénéfique que tu as faite, je demande d'ailleurs à Allah qu'Il en fasse profiter les musulmans.» [10]

Quant au cheikh 'Abdel Majid - qu'Allah le préserve -, il a bien reçu la lettre et nous a promis d'y répondre, cependant je n'ai pas reçu de réponse de sa part. Toutefois, si Allah le veut, je ne manquerai pas d'en faire part au lecteur s'il venait à nous faire partager son avis éclairé.

Qu'Allah les récompense et les préserve.

Espérant que ce bref article aura contribué à éclaircir ce sujet, je préciserai que je me suis contenté de ne répondre que de manière résumée aux arguments avancés par le prêcheur auquel j'ai fait allusion, bien que d'autres points de son argumentation nécessiteraient d'être discutés; et Allah est plus Savant. Qu'Allah couvre d'éloges, salue et bénisse notre prophète Muhammad, ainsi que sa famille et l'ensemble de ses compagnons, et les louanges reviennent à Allah le Seigneur Souverain des mondes.

Rédigé par 'AbdeRahman Colo,

À Montpellier, le 29/Chawwal/1436 (14/Août/2015)



[1] Traduction approchée du sens de la fin du verset 11 de Sourate Chura.

[2] De même qu'est apparu le caractère erroné de l'affirmation du cheikh Tchalabi prétendant que si l'on cherche dans les dictionnaires arabes, nous trouverons que le terme sâq désigne un os!

[3] Le deuxième os de la jambe est le péroné, appelé en arabe chazhiyya.

Le fait que la jambe n'ait que deux os, prouve l'invalidité du fait de considérer qu'elle désigne, en langue française, la région du corps se trouvant entre la hanche et le pied. En effet, si tel était le cas, on compterait le fémur parmi les os de la jambe, ce qui élèverait le nombre de ses os à trois. Nous allons revenir sur ce point un peu plus loin, si Allah le veut. .

[4] Voir le Nouveau Robert.

[5] Cette partie du corps de l'être humain, est appelé, en langue française : le membre inférieur.

[6] Voir le lien suivant : http://dictionnaire.academie-medecine.fr/?q=jambe

Et retourner à la note n°1 de la page 2 de cet article.

[7] On retient donc qu'il n'est pas correct de traduire le terme sâq par mi-jambe.

[8] Recherche que j'ai largement reprise dans le début de cet article en y apportant certains ajouts et modifications.

[9] Cette date correspond en réalité à la date de l'écriture de la lettre, non à celle de son envoi, qui correspond, quant à elle, au 4 du mois de Cha'ban. C'est une erreur de ma part qui ne change cependant rien au fait que le cheikh … ait pris connaissance de son contenu avant de diffuser l'audio dans lequel il a rejeté la traduction du mot sâq par jambe.

[10] Sache, cher lecteur, qu'en application des conseils du cheikh - qu'Allah le préserve -, j'ai fait lire cet article à plusieurs étudiants en sciences islamiques qui, à mes yeux, remplissent les conditions requises pour traduire et qu'ils ont tous validé son contenu. Et c'est Allah qui prodigue la réussite.


Comment traduire le terme sâq (ساق) en langue française ?
Écrit par ‘Abder-Rahmân Colo - qu’Allah le préserve.
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